« Un logement n’est pas un produit mais un besoin essentiel, or aujourd’hui le foncier et l’immobilier sont devenus des produits financiers. ‘Communs’ vise à construire un nouvel acteur de l’immobilier coopératif et solidaire pour permettre une réappropriation citoyenne des questions immobilières. »
« Communs » est une structure coopérative sans but lucratif pour reprendre collectivement la maîtrise du foncier et lutter contre la spéculation immobilière. Comme foncière citoyenne, « Communs » permettra de développer des logements et des lieux aux loyers abordables qui reflètent la réalité des coûts de construction plutôt qu’une spéculation faite au détriment des plus démunis.
En juin 2022, le site Topophile consacre à la foncière citoyenne « Communs » un article intitulé Reconstruire des communs : pour une foncière citoyenne.
Extrait :
Le marché de l’immobilier se porte bien, les agences annoncent chaque année de nouveaux records de transactions. Les salons professionnels MIPIM et SIMI se félicitent du « retour des investisseurs », fonds et brokers internationaux… Rues, routes, boulevards des métropoles sont scandés de chantiers, de grues, de panneaux publicitaires et de guérites de ventes de promoteurs promettant sur plan immeubles mansardés en béton armé avec corniches de polystyrène et fenêtres de PVC ouvrant à la française… Les ménages consacrent au logement près de 20 % de leurs revenus, en moyenne et jusqu’à 40 % pour les foyers les plus modestes. Par ailleurs, le prix d’achat moyen des logements progresse toujours plus vite que les ressources financières des ménages. En 2021, les prix ont augmenté en moyenne de + 7,4 % pour l’achat de maisons et de + 5,3 % pour les appartements. Cette évolution s’accompagne de disparités croissantes dont notamment l’écart de ressources entre propriétaires et locataires. Près de 4 millions des Français sont non ou mal logés quand près d’un logement sur dix est vacant en France. Par ailleurs, une minorité de propriétaires s’enrichit et loge une majorité de locataires. Selon l’Insee, les grands propriétaires (d’au moins cinq logements) représentent 3,5 % de la population et possèdent la moitié du parc de logements loués.
Le logement est devenu un produit, une marchandise comme les autres, à optimiser, à rentabiliser, avec une obsolescence à programmer… En septembre dernier, l’architecte François Leclercq et le directeur de l’EpaMarne, Laurent Girometti, pointaient la dégradation de la qualité des logements neufs dans un rapport remis à Emmanuelle Wargon [1]. Ils y dénonçaient la réduction de leur taille, de leur qualité en comparaison des constructions d’autres pays européens et de celles de la fin du XXe siècle : des surfaces réduites au minimum, parfois mono-orientées, mal ventilées, faiblement ensoleillées, des plafonds plus bas, des fenêtres plus petites pour des coûts de construction plus élevés que d’autres pays européens… Ce travail confirmait les résultats de l’enquête de l’Institut des hautes études pour l’action dans le logement (Idheal), « Nos logements, des lieux à ménager » [2], publié fin août 2021, montrant précisément la diminution des surfaces des logements vendus sur plan entre 2000 et 2020…
Avec des bâtiments trop chers, mal conçus, mal construits et sources de spéculation, les modèles actuels régissant le logement privé – la promotion et la rente immobilière – sont incompatibles avec la transition écologique et sociale. Cette question doit être réappropriée par les citoyennes et citoyens, habitantes et habitants, et ne doit pas être laissée entre les mains des promoteurs, bailleurs multi-propriétaires et aménageurs; à l’instar des nombreuses alternatives à la marchandisation du monde, coopératives, lieux solidaires, partagés et autogérés, des systèmes parallèles sont à inventer permettant à chacune et chacun de se loger décemment, de s’épanouir dans des lieux de qualité, d’être écouté, entendu, pour participer pleinement à l’évolution des villes et à leurs transitions.
Dans le dernier volet de son sixième rapport dédié aux solutions à mettre en place pour contenir le dérèglement climatique, le GIEC propose d’investir dans une économie plus sobre et une meilleure efficacité énergétique. Selon le rapport, si des modes de vie moins polluants étaient encouragés, les émissions mondiales de gaz à effet de serre pourraient être réduites de 40 à 70 %.
L’habitat participatif et coopératif fait partie des leviers. Ces opérations de logements sont réalisées par les habitant·es eux-mêmes, sans promoteur. La loi ALUR permet depuis 2014 de mettre en place une nouvelle ingénierie immobilière, coopérative et avec des clauses fortes de non spéculation. La France ne compte cependant que 200 immeubles (et moins de 3 000 logements) construits suivant ce mode. Il ne constitue que 0,8 % de la production annuelle de logements contre 5 % pour le parc immobilier en Suisse et 15 % en Norvège…
Au-delà de la question du logement, ces habitats sont des lieux de partage, non seulement de partage de l’espace mais aussi de don, d’entraide entre habitant·e·s, de promotion de la solidarité et d’échanges non hiérarchisés. Chaque lieu collectif invente sa propre forme d’organisation libre, autogérée fonctionnant par exemple en gouvernance partagée sur le modèle de la sociocratie. Ces groupes d’habitant·e·s développent une diversité d’organisations sociales ; iels participent à la structure urbaine en plaçant au centre le dialogue et l’entraide entre citoyen·ne·s. Chaque expérience est unique, au-delà de la participation à la conception, l’autogestion, des immeubles entiers sont réalisés grâce à la coopération et au don de temps de travail par des collectifs d’autoconstructeurs : à Montreuil, dans les années 1950, plus de 900 logements [3]furent construits par des coopérateurs-constructeurs et futur·e·s habitant·e·s. Iels y apportèrent un minimum de 600 heures de travail personnel (ce qui correspondait à la moitié de leurs congés annuels et une moyenne de dix heures par semaine qui venait en plus de leur semaine de travail de quarante-huit heures).
En s’appuyant sur ces expériences uniques, il est possible de reconsidérer en profondeur la notion de propriété privée. Le logement est un besoin essentiel, un lieu où l’on s’investit, que l’on s’approprie de manière transitoire et que l’on transmet aux générations suivantes. Bien loin d’être une source de rente, d’enrichissement et de spéculation, le logement pourrait se définir comme une ressource essentielle, une forme de commun.
Article à lire dans son intégralité sur le site Topophile.
Pour aller plus loin :